Le Pèlerinage de Lourdes 2006 – “les Premières Impressions”

L'arrière rang (quitté au droit) : comtesse Dobezensky, H. E. Dan Kelly, le Président, l'Association américaine, H.E. Peter Quail, le Président, l'Association canadienne, Dominic Quail, Count Debezensky, Bill Sullivan, Iain Benson, Frank McCullough, Roman Ciewierz, un membre de l'Association brésilienne. Le rang de devant (quitté au droit) : Teresa McCullough, Rose Kelly, Patricia Quail, Msgr LeCoste, Eleanor Benson, Mme. Shine, Fr. Lauzon, H.E. John Dunlop. Devant : Andrea Juby, Stephanie McCullough

 

À titre de membre relativement nouveau de l’Ordre de Malte, je participe au plus grand nombre possible d’activités et je parle au plus grand nombre possible de membres pour me faire une bonne idée de l’Ordre, des attentes de ses membres, de l’ampleur du travail accompli au Canada et des occasions où il est possible d’exceller. Il n’y a probablement rien d’étonnant à ce que l’une des activités dont j’aie entendu parler avec enthousiasme soit le pèlerinage annuel à Lourdes. La famille Quail a partagé ses perspectives et expériences aussi nombreuses que variées, et l’idée a germé. Plus tôt cette année, j’ai inexplicablement senti que « je devais y aller ». Je ne savais pas pourquoi, seulement que c’était quelque chose que je devais faire.

Faisant confiance à ceux qui y étaient déjà allés, j’ai avisé l’Association britannique que j’étais intéressé à agir comme aidant dans le cadre de son programme et j’ai demandé au Chancelier de l’Association canadienne de réserver pour moi et de simplement me dire où j’irais, resterais, etc. Malgré mes nombreuses questions sans réponse et mes appréhensions que tout se passe sans anicroche, j’ai réussi à arriver à Lourdes via Paris et Pau le jeudi soir 27 avril. Comme je savais que le contingent britannique n’arriverait que le vendredi soir et que j’avais reçu préavis du programme de l’Association américaine, j’ai revêtu l’ « uniforme » et me suis rendu à la messe d’ouverture pour les trois contingents des É.-U. Elle avait lieu dans ce qu’on appelle la Basilique du Rosaire. Absolument époustouflant! Voir une église archi pleine (environ 1 000 membres et malades, quoique j’aie eu de la difficulté à estimer le nombre de participants – et ça m’est arrivé souvent toute la semaine à cause des foules immenses) participer activement à la messe s’est révélé un moment vraiment inoubliable. En revenant à pied à l’hôtel ce premier soir-là pour une nuit de sommeil bien méritée, j’ai soudain pris conscience que le secteur de la ville que j’arpenterais plusieurs fois par jour ne comptait rien d’autre que des hôtels et des boutiques de cadeaux.

Je ne savais pas au juste à quoi m’attendre à mon arrivée, mais certainement pas à cela! Le lendemain matin, alors que j’empruntais le même chemin pour me rendre à la grotte de Lourdes et à l’Accueil Notre-Dame, le bâtiment hospitalier où je devais passer d’innombrables heures, j’ai compris toute la contradiction que ce petit village autrefois somnolant était devenu. D’une part, la commercialisation de milliers de chambres d’hôtel (la deuxième plus importante concentration en France) et de boutiques de souvenirs et, d’autre part, la majesté des deux basiliques, le mystère de la grotte et la beauté des Pyrénées avoisinantes. J’ai eu l’occasion de me mêler plusieurs fois par jour aux foules immenses, soit à côtoyer les malades, soit dans l’exercice de mes fonctions, et j’ai ainsi pris vraiment conscience que c’est un lieu de foi profonde. Le samedi soir, comme je me rendais à la cérémonie de présentation de médailles pour les nouveaux bénévoles, à laquelle le Grand Maître devait assister, j’ai dû me frayer un chemin dans la foule assemblée pour la procession aux flambeaux. La grande place était comble; les files le long du Gave s’étendaient sans fin, et l’atmosphère était électrisante. La scène quotidienne de milliers de gens, jeunes ou vieux, bien-portants ou malades, ambulants ou en fauteuil roulant, témoigne nettement du caractère spirituel de ce lieu. J’ai eu la chance de passer les deux premiers jours en compagnie des chevaliers de l’Association américaine, puis le reste de la semaine avec la délégation de l’Association britannique. La principale différence, c’est que les Britanniques fonctionnaient dans un cadre hospitalier avec des soins 24/7 pour leurs malades. Les parents ou conjoints sur place pouvaient jouir d’un répit bien mérité et « jouer les touristes » pendant que des aidants s’occupaient de leurs proches. Les Britanniques étaient répartis en quatre équipes, et les quarts variaient chaque jour de sorte que la répartition du travail soit égale. Deux quarts par jour pouvaient comprendre des tâches comme voir au lever des malades, à leur douche, à leur rasage et à leur habillement, ou au nettoyage de l’aile et de la salle à manger ou, encore, aux préparatifs pour le coucher, et, comme je n’ai pas tardé à m’en rendre compte, le fait d’avoir quartier libre ne signifiait pas n’avoir rien à faire. Les journées étaient fort occupées, compte tenu des activités qui composent l’expérience de Lourdes : messe quotidienne, stations de la croix, chapelet, bains, visites de certains des lieux d’importance, sans jamais négliger les malades. Les quarts de 7 h à 23 h sont vite devenus la norme et, même dans une courte semaine (qui a tout paru, sauf courte), des liens se sont noués avec les aidants et ceux et celles qui étaient en mission personnelle de guérison et d’espoir. Chaque journée amenait avec elle ses bonnes conversations et ses sourires, tout comme son changement de la routine quotidienne à domicile pour ceux et celles qui souffraient de toute une gamme d’afflictions. La messe internationale du dimanche s’est déroulée dans la basilique souterraine. Je n’ai jamais rien vu de si gros, sur terre comme sous terre. D’énormes rampes mènent à un lieu de culte en forme de football. On m’a dit que, sans fauteuils roulants, la basilique peut accueillir environ 40 000 personnes. La messe est dite en latin, et quelque 200 prêtres y prêtent leur concours. J’ai tenté de compter le nombre de calices apportés par des enfants jusqu’à l’autel, mais j’en ai perdu le compte lorsque j’ai commencé à me demander comment ils pourraient donner la communion à tant de personnes. De toute évidence, ce n’était pas leur première fois. Des prêtres se sont postés dans chaque allée à tous les 10 pieds et ont réussi à « nourrir la masse » en prenant à peine plus de temps que pour la communion normale dans une grande église.

Pour les presque 6 000 participants associés à l’Ordre de Malte, la soirée du mardi était réservée à la procession aux flambeaux. Je n’arrive pas à décrire mes sentiments au milieu de cette foule, quatre de large autant que je puisse le constater devant comme derrière, défilant flambeaux à la main en récitant le chapelet. Les visiteurs se massent le long du parcours et des sentiers sinueux débouchant sur la basilique. Entre deux chapelets, on chante l’ « Ave Maria »  en levant chaque fois à bout de bras tous les flambeaux à l’unisson. J’en ai des frissons dans le dos, et l’émotion me submerge au point où je suis incapable de joindre ma voix aux autres. C’est quelque chose que je n’oublierai jamais. À vrai dire, il y a beaucoup de choses dont je me souviendrai toujours : le travail soutenu, l’appréciation des malades, les liens noués, le don retentissant de la foi omniprésent à Lourdes. Somme toute, une semaine très fatigante – j’ai été heureux de rentrer à la maison –, mais aussi très enrichissante; elle a renforcé chez moi la foi, l’espoir, la spiritualité et l’humilité. Une véritable leçon d’humilité! Il était réconfortant de voir des gens de toutes les couches de la société, PDG, entrepreneurs, professionnels, non-membres, qui portaient tous le même uniforme et partageaient tous le même but et le même sens du devoir. Selon moi, cela en dit beaucoup sur le caractère personnel de ceux et celles qui font le périple chaque année et travaillent inlassablement dans l’oubli de soi. Le message de Notre-Dame est bien vivant et florissant, et l’expérience laisse à la fois un souvenir inoubliable et une impression indélébile au cœur.